Les secousses personnelles de l'indépendance professionnelle
Travailler pour soi répond souvent au rêve de faire-enfin-ce-que-je-veux-sans-avoir-de-patron-sur-le-dos. Or ce rève se heurte vite pour certains à une réalité. Cette réalité, propre a chacun, a plusieurs aspects: technique et personnel.
Dans cette note, j'aimerais aborder la dimension personnelle de l'indépendance (bien que ce blog ait pour objectif de couvrir les aspects techniques). La personne de l'indépendant se met parfois à vibrer de manière inattendue pour son "propriétaire". Et cet inattendu agit comme un boulet qui met à mal le projet d'indépendance.
Daniel H. Pink (1) écrit des choses très intéressantes à ce sujet dans son article "Free Agent Nation" publié dans la revue Fast Company en décembre 1997.
She [une consultante en stratégie marketing] says that if free agency changes the old equation between security and freedom [...] then the next challenging issue it raises goes straight to the heart of the matter: Why work?
"Free agency forces you to think about who you are and what you want to do with your life", she says.
Quand vous étiez salarié, vous êtiez dans un système, un système structuré, organisé, avec des régles. Vous y occupiez votre place. Une place définie par une "job description" ou par la fonction que vous remplissiez. On sait tous ce que fait, du moins dans les grandes lignes, un directeur financier, un DRH, une secrétaire, etc. Et si vous n'aviez ni l'un ni l'autre, il est sûr que le groupe vous avait assigné une place, vous avait "rangé dans une catégorie" (même si c'était celle des "emmerdeurs incompétents").
De plus, à cette place est associé un statut social: on ne se fait pas la même représentation d'un DG et d'une secrétaire.
Témoignage: "A large organization is about submerging your own identity for the good of the company", says David Garfinkel, 44 [ancien chef de service à McGraw-Hill, un éditeur de livres économiques]. "The appearance and title of the job were exciting, but the job wasn't using the best part of me. I felt like I was out of touch with who I really was."
Après avoir quitté tout cela, deux questions, potentiellement destabilisatrices, se glissent dans notre esprit: "qui suis-je ?" (qu'est-ce que je sais faire, quelles sont mes compétences, mes talents...) et "qu'est-ce que je veux pour ma vie?" (ou "quel sens donner à ma vie?"). Ces questions auront d'autant plus de "chance" d'émerger dans votre esprit que vous avez le temps de penser, maintenant que vous vous êtes "affranchi" des contraintes et de la routine de votre vie de salarié.
Alors que j'écris ces lignes, cette situation me fait penser à un prisonnier libréré après 20 ans ou 30 ans d'incarcération (et d'une vie encadrée et très "ryhtmée") et qui, s'il jouit de cette liberté dans les premiers temps, se vit perdu en se demandant "mais que vais-je en faire de cette liberté?"
Autre élément soulevé par Daniel H. Pink : "work is personal". Il y a beaucoup de soi mis dans une activité d'indépendant et inversement ce job est devenu notre vie. Certains d'entre nous ont créé leur entreprise avec le désir d'être utile à la société, d'apporter leur contribution au monde dans lequel ils vivent.
Témoignage: "I used to think that what I needed to do was balance my life, keep my personal and professional lives separate [...] But I discovered that the real secret is integration. I integrate my work into my life. I don't see my work as separate from my indentity."
Autrement dit, la question de l'équilibre vie professionnelle/vie privée ne se pose pas de la même façon pour un indépendant. Surtout lorsque l'activité professionnelle est vécue comme une passion ou comme une partie intégrante de soi.
Moi, qui me suis lancée dans l'indépendance il y a quelques années, j'avoue que je n'ai pas répondu complètement à toutes les questions qui ont été soulevées dans cette note. Mais j'y travaille.
D'autres, les "well-to-do", les "extraordinay talented"...ou les "extremely lucky", ne se posent peut-être pas ces questions, emportés par le rythme des missions qui s'enchaînent, toujours le "nez dans le guidon". Cependant, je pense que ces questions sont-là, elles couvent dans leur esprit et que, tôt ou tard, elles feront surface.
Et quand elles font surface, la vie d'indépendant devient mal commode...
Vivez-vous ou avez-vous vécu ces secousses personnelles en vous lançant dans l'indépendance professionnelle?
(1) Daniel H. Pink rédigeait les discours de Al Gore, ex-Vice Président des Etats-Unis, avant de se mettre à son compte

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